Quelles sont donc ces idées reçues sur le travail ? Comment ces actes de transformation du vivant ont-ils pu être réduits à de vulgaires concepts de domination de l’homme par l’homme ? Comment définir la notion même de « travail » pour regarder, comprendre et transformer le monde des vivants ?

Qu’est-ce que le travail ?

Lorsque j’interroge mes étudiants ou les personnes que j’accueille en formation continue sur cette question, il n’est pas rare que les débats soient animés par le fameux « tripalium », l’instrument de torture. Il n’est pas rare également que nous ayons en lieu et place du travail, la définition de l’emploi, cette réalisation d’une tâche en contre partie d’une rémunération.

Par contre je n’ai encore jamais eu droit à une certaine légèreté qui aurait pu m’emmener vers de nouveaux horizons, comme : « c’est l’art de créer, c’est l’art de transformer ». Alors puisque rien ne m’est venu, je crée à moi-même (et à vous par la même occasion), je me mets en travail.

Le travail, c’est l’art de créer, c’est l’art de transformer

Oui, le travail est un art. Est parce qu’il est un art, il est création. Observons ces courants actuels qui développent la créativité dans le travail. Pléonasme. Ne vous fatiguez plus à développer la créativité dans le travail. Reconsidérez simplement le travail comme un acte de création.

Le travail est dans nos gênes, dans notre organisme, dans notre vivant. Dès que nous venons sur terre nous travaillons.

Le travail, symbole de féminité

Notre premier travail nous est enseigné par la mère. C’est elle qui nous guide dans le développement de notre capacité créatrice. Nous développons notre conscience par des millions d’actions sur le vivant. Nous éveillons nos sens par ce travail de contact et de transformation des matières qui nous entourent. L’usage a caractérisé ce travail « d’apprentissage ».

C’est à partir de la période d’éducation, que le travail entre dans un processus de conflit permanent que nous gardons parfois toute notre vie sans vraiment en prendre conscience.

Travail et autorité, les conflits permanents de la création

Le paysan ne sème pas des graines. Il produit de la nourriture. Semer des graines n’est pas son travail mais un acte de création. Sans cet acte, point de création.

Le viticulteur ne ramasse pas du raisin, il fait son vin.

L’ère industrielle et post-industrielle a donné lieu à une transformation considérable du travail. Elle a transformé un art en une industrie sans prendre le temps de donner au « travail » un autre nom pour le qualifier.

« Je travaille à l’usine » a remplacé « Je suis paysan ».

J’en fais l’expérience tous les jours quand on me demande ce que je fais comme travail. Lorsque je dis que je suis « Ergologue », je vois les yeux stupéfaits de mes interlocuteurs, éberlués. Et la question qui suit : « mais c’est quoi l’ergologie ? ». Parlons en… Lorsque je dis que j’ai un cabinet RH. Les regards sont plus communs et la question qui suit : « Tu as du business ? »

Je suis ergologue Vs j’ai un cabinet RH / Etre un métier, être soi Vs Avoir un emploi, un statut.

Travailler, c’est se créer soi-même.

Nous pourrions alors user d’un syllogisme pour transformer à jamais la notion même de « travail ».

  • Si le travail, c’est être,
  • Si être, c’est se créer soi-même,
  • Alors, travailler, c’est se créer soi-même.

 

Le travail est la création de soi par soi. Il est inutile de chercher du travail. Chercher du travail, c’est se chercher soi-même.

Travailler, c’est consacrer chaque seconde, chaque souffle, chaque effort à se construire soi-même.

L’une des participantes à une récente formation m’a dit lors de l’évaluation : « Tu nous a mis en travail ». Je l’ai bien sur remerciée comme il se doit. A mon tour, j’ai remercié tout le groupe car avec eux, j’ai effectivement travaillé sans avoir éprouvé une seule seconde le devoir de travailler, de l’emploi. J’avais tout simplement une mission : Leur donner les moyens de travailler ensemble, d’être ensemble.

Travailler, c’est bien plus qu’être employé

En siégeant à la commission paritaire de Pôle Emploi, c’est cette notion même du travail qui est au cœur des débats passionnés entre représentants patronaux et syndicaux. La question du travail est omniprésente mais nous ne parlons jamais du travail. Nous parlons de l’emploi.

Combien de jours a t-il travaillé ? A-t-il déclaré ses heures ? Les trop perçus. A-t-il cherché du « travail » ?

Mais alors, quel est le travail des demandeurs d’emploi ? S’intéresse-t-on à leur travail ? Ou simplement au nombre de recherche d’emploi justifiées pour caractériser ce qu’ils sont et ce qu’ils s’emploient à être au regard des commissaires que nous sommes ?

Quels sont les actes créatifs des demandeurs d’emploi dans la création de ce qu’ils sont eux-mêmes ?

La notion de travail nous permet de voir le monde avec le sens que nous lui donnons, et non tel qu’il est.

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