Le départ de Nicolas Hulot a résonné comme un choc de conscience qui est venu réveiller la question du Sens de son profond sommeil léthargique. Une certaine errance intellectuelle c’était installée prenant la forme d’une résignation abstraite, présente et inconsciente.

La période estivale nous conduit pourtant vers les plus grands paradoxes de la nature humaine. Le réel devient pourtant tellement visible. Il se présente à vous, nu. Les dunes de sable que vous aviez quitté deux ans auparavant se sont creusées. Celles que vous découvrez côté plage vous laissent indifférents alors que vous cherchez seulement un carré de sable suffisamment inoccupé pour poser vos serviettes et parasol. L’archipel des Glénants est là, devant vous et vous contemplez ce point de vue admirable, paradisiaque qui fera bientôt partie de votre constellation digitale.

Changement de point de vue. Embarquement pour la visite de l’Archipel mais cette fois en bateau, côté mer. Je ne sais pas vous, mais je ne trouve rien de plus beau et de plus intellectuellement puissant que de coller mon visage au hublot lors de mes quelques voyages en avion. Ouvrir grand ses yeux et regarder cette terre d’où nous sommes nés et où nous retournerons une fois notre voyage terminé. Ce voyage est bien plus vaste que celui de notre horaire de bateau ou d’avion. Il s’agit de notre propre voyage intérieur, celui de toute une vie passée sur cette terre. Voyage du sens, sens du voyage.

Changement de point de vue donc. Alors que quelques minutes auparavant, nous étions en train d’apprécier les quelques mètres carré au sol accueillant nos serviettes de bain et la distance sociale suffisante avec nos semblables pour se sentir à peu près vivant, le voyage nous montre la dune. Cette dune qui était à quelques mètres de nous sans que nous lui ayons lancé le moindre regard et accordé la moindre attention. Alors que la nature se présente à vous telle qu’elle est, nous n’avions vu d’elle que ces quelques mètres carré encore temporairement inoccupés.

Le creusement de la dune est un élément de spectacle parmi d’autres devenu aussi banal que la couleur turquoise de l’eau avec les mats des voiliers accostés. Une belle journée passée en famille qui viendra très vite alimenter nos pages facebook comme une preuve de notre existence.

Au cours de mes quelques voyages en avion, j’ai toujours été frappé par ce contraste du dedans et du dehors, du visible et de l’invisible, de l’intérieur et de l’extérieur, du tout et de la partie. Le côté hublot est toujours le plus jouissif. Un quart de tour de votre cou et tout est tellement différent. Sièges serrés, espace vital réduit, technologie abondante et journaux du jour en masse. Organisation du travail des stewards et des hôtesses, statut. On en viendrait même à oublier qu’il y a un pilote. Heure d’arrivée. Orly, taxi, bouchons et heure de rendez-vous. Tout est tellement semblable dans cet intérieur.

Quart de tour hublot. L’immensité visible à perte de vue et l’ensemble à peine perceptible. Une sorte de silence intérieur s’installe comme un mécanisme instinctif en lien avec ce que nous propose notre propre regard. Le visible et l’invisible. Quel contraste percutant. Quand l’intérieur de l’habitacle devient invisible à l’extérieur. Il le permet pourtant et contribue à son usure. Quand l’extérieur rend possible ce qui se passe à l’intérieur, l’intérieur s’affaire à produire et reproduire ce qui programme à chaque seconde l’usure de l’extérieur.

L’Humain est tellement présent à l’intérieur et tellement invisible à l’extérieur. Il peut également être tellement invisible de l’extérieur. Je me surprends également à observer les sillons de fumée blanche des avions dans le ciel. L’intérieur est tellement invisible depuis l’extérieur. Seul ce qu’il produit devient visible.

Le départ de Nicolas Hulot aura réveillé cette dimension de ma propre (in)conscience. Ce qui pouvait ressembler à un spectacle, à une mise en scène est devenu un enjeu majeur. Quel est le sens de notre existence ? Quel est le sens de notre voyage sur cette terre ? A quoi servons-nous ? Autrement dit, au service de quelle cause mettons nous en commun nos énergies ?

La question du Sens de ce que nous faisons est centrale pour nous-même mais également pour l’ensemble. « Le tout est dans la partie comme la partie est dans le tout ».

Aucune partie ne pourra se passer du tout. Notre espace de serviettes de plage d’aujourd’hui sera très certainement englouti par la contribution de ce que nous avons produit pour y parvenir.

L’entreprise n’échappera pas à ce jeu du dedans et du dehors, du visible et de l’invisible. La question du Sens au travail me semble aujourd’hui tellement dérisoire face à la question du sens de ce que nous produisons. J’ai récemment réalisé une mission dans une entreprise agro-alimentaire qui fabrique des bricks de soupe. Le dedans et le dehors étaient tellement présents : que produisons nous dans les bricks de soupe ? Quels ingrédients mettons nous dans le dedans dont nous pourrions être fiers à l’extérieur ? Question centrale d’autant que ces bricks de soupe ont vocation à nourrir cet Humain qui fera le monde de demain.

La clé de cette mission allait bien au-delà des postes supprimés par le modèle économique du marché. La clé de cette mission était bien la question du Sens : A quoi servons nous ? Quelle cause servons nous ?

Le point de départ de Nicolas Hulot souligne à quel point le tout se passera de ce qui constitue aujourd’hui l’une de ses parties. Il souligne à quel point l’Humain décide aujourd’hui de ce que sera l’humanité demain. Ce sont ses propres choix, ses propres actions qui conditionnent sa propre existence tout comme celle de ses enfants et de nos enfants.

Par sa vision, ses choix, ses actions, l’Humain est plus que jamais au cœur du système. L’Humain est plus que jamais responsable du tout.

« A force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par en oublier l’urgence de l’essentiel » – Edgar MORIN

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